Que dire du « Bouquet of Tulips » de Jeff Koons ?

Ou pourquoi le cadeau de l’artiste Jeff Koons à la ville de Paris a déchaîné tant de commentaires haineux du public et de certains professionnels du monde des arts.

En octobre 2019, est installée à Paris l’œuvre de Jeff Koons nommée « Bouquet of tulips ». Il s’agit d’une sculpture représentant une main qui tient 11 tulipes.
Elle est monumentale : 13 m de haut, 34 tonnes d’acier, de bronze et d’aluminium, 60 tonnes au total si on compte le socle en calcaire d’Ile-de-France.
L’installation a eu lieu après 3 ans de polémiques.

Jeff Koons BOUQUET OF TULIPS installé à Paris
Le BOUQUET OF TULIPS de Jeff KOONS installé à Paris

L’incroyable liste des arguments discutables qui alimentent la polémique.

Le coût
Le cadeau est empoisonné. Jeff Koons va offrir mais c’est le contribuable qui va payer. Le projet coûtera très cher. Le coût de l’étude technique est déjà exorbitant. Il est vrai qu’elle s’élève à un million d’euros.

L’artiste est une star du marché de l’art très controversée
Le public voit Jeff Koons comme un homme d’affaires.
Ses œuvres se vendent à des prix stratosphériques. Son « Rabbit », moulage en acier d’un lapin gonflable est un record de vente pour une sculpture d’un artiste vivant. Il a été adjugé 80 millions de dollars chez Christie’s en mai 2019 (l’acheteur a payé au total 91,1 millions de dollars avec frais et commission de la Maison de ventes).
Jeff Koons est sans doute prêt à tout pour assurer sa promotion. Car la visibilité d’un artiste détermine sa cote sur le marché de l’art.

La sculpture intitulée « Rabbit » de Jeff Koons exposée chez Christie’s à New York, avant la vente du 3 mai 2019. Elle sera adjugée 80 millions de dollars. (AP Photo/Seth Wenig)

Le vie de Jeff Koons est une suite de coup d’éclats médiatiques .
C’est un ancien courtier en matières premières qui a fait carrière dans l’art. Il a été marié avec une ancienne actrice du porno. Le prix de ses œuvres alimente sans cesse le débat sur la valeur artistique et marchande d’une œuvre d’art.

Et où est le savoir-faire de l’artiste ?
Jeff Koons dessine, conçoit mais ne réalise rien de ses mains. Son atelier, installé à New York employait encore 100 personnes en 2015. Il s’est séparé depuis d’une partie de l’équipe mais il délègue toujours la fabrication de ses œuvres issues de procédés industriels. C’est le cas du « Bouquet of tulips ».

Le lieu prévu pour l’installation des tulipes
Jeff Koons aurait exigé que la sculpture soit installée à Paris entre le Musée d’art moderne de la ville de Paris et le Palais de Tokyo. Ces deux institutions incarnent les arts du XXe siècle. Ce choix parait encore être un moyen de faire son auto-promotion.

L’esthétique du « Bouquet of tulips »
Hum… Cette grosse main qui tend des fleurs aux couleurs vives… C’est très laid !

Oui, mais…

L’objet du cadeau
C’est l’ambassadrice des USA en France qui a demandé à Jeff Koons d’offrir une œuvre à la ville de Paris. Elle avait été terriblement choquée par les attentats en France en 2015 et 2016.

Le coût réel du projet
L’étude
Pas un euro n’a été payé directement par le contribuable. Jeff Koons a couvert sur ses propres deniers l’étude techniques (1 million d’euro).

La réalisation
La réalisation a été financée par le mécénat d’entreprises françaises et américaines. La critique pourrait s’appliquer sur le fait que le mécénat s’accompagne toujours d’un avantage fiscal donc d’une diminution des impôts qu’une entreprise verserait à l’Etat français.
Mais il faut voir aussi que le mécénat est très intéressant pour le financement de la culture car il détourne le principe constitutionnel de la non-affectation des recettes aux dépenses.
En d’autres termes :
– L’argent ne rejoint certes pas la masse des impôts dont l’Etat dépense chaque euro selon sa volonté,
– Mais le financement de la culture n’est jamais la priorité de l’Etat.
– Grâce au mécénat, l’argent va directement sur un projet artistique

L’entretien de l’œuvre
Jeff Koons fait don de ses droits de reproduction des photographies du Bouquet de tulipes et de ses droits sur les produits dérivés.
Ils seront reversés pour 80% aux associations des familles des victimes et les 20% restant iront dans les caisses de la mairie de Paris pour l’entretien de la sculpture exposée aux intempéries.

Le lieu
On avait donné à Jeff Koons une liste de plusieurs lieux. Il avait choisi l’espace entre les deux musées. Tout le monde a convenu que les tulipes nuiraient à l’esthétique du parvis de ces deux musées.
Elles sont installées plus modestement dans les jardins des Champs-Elysées, entre le Petit Palais et la place de la Concorde. Elles sont certes loin du lieu des attentats mais il fallait de la place…

Un artiste qui n’est pas choisi au hasard
Jeff Koons est l’artiste idéal auquel on pouvait demander la production d’un tel cadeau. Il a des moyens. Il aime la France et, officiellement, les français le lui rendent bien. Il a été décoré  par Jacques Chirac de la légion d’honneur. Il a été choisi pour exposer au château de Versailles,
Sa dernière exposition au Centre Pompidou à Beaubourg a connu un record d’affluence, 650 000 personnes en quelques mois.
Ce qui se dit : L’ambassadrice a choisi l’artiste américain le plus coté du marché de l’art, car les USA voulaient le mieux pour la France.

L’esthétique
La France a offert aux Etats-unis la Statue de la liberté une grosse dame en bronze devenue verte avec le temps, inaugurée en 1886. Elle n’a pas plu à tout le monde à l’époque mais les Etats-unis se sont sentis obligés de la recevoir (c’était un cadeau…). Les frais avait été partagés. La France a financé la réalisation de la statue et les U.S.A. ont payé le socle.
D’ailleurs, Jeff Koons s’est inspiré de la main de la Liberté pour dessiner la main qui enserre les tulipes
Rappelons que la Tour Eiffel (1889) et la Pyramide du Louvre (1988) ont été en leur temps extrêmement décriées pour être ensuite encensées…