Qu’achète-t-on quand on achète un vase Gallé ?

La fabrique d’Emile Gallé a eu deux types de production : les pièces de prestige et les pièces « de série ». Il faut savoir les distinguer.

Les objets en verre d’Emile Gallé, vases ou lampes, sont fréquents en ventes publiques et chez les antiquaires. 
Mais pourquoi les prix sont-ils variables, du simple au décuple, souvent 2000€, parfois 20 000€ et jusqu’à 300 000€ ?
(Voir notre exemple vendu 120 000 €).
Il faut savoir que cette fourchette très large de prix est totalement justifiée car Gallé a eu 2 types de production de ses verreries.

Image ci-dessus : Emile Gallé, Vase Roses de France en boutons
Verre multicouche à marbrure intercalaire imitant l’agathe.
La panse est ornée de trois boutons de rose rouge rubis en application reprise à la meule et à la roue.
Les tiges et les feuilles sont en verre appliqué à chaud et en plaquettes de verre ciselé à la meule et à la roue.
Le décor se détache sur un fond repris en martelage.
Signature en réserve gravée à la meule. Hauteur 19,3 cm.
Vendu 120 000 € par la société CAMARD à Drouot le 25 mars 201


Plan – Voici quelques éléments pour :

-faire la différence entre ces deux productions,
-faire la différence entre les pièces réalisées du vivant de Gallé et les pièces posthumes.
Ensuite, viendront quelques remarques au sujet des faux Gallé.
Rappel : La production de Gallé n’est composée que de verre soufflé ou soufflé-moulé et PAS de pâte de verre.

Qui est Emile Gallé (1846-1904) ?
Emile Gallé, est avant tout un dessinateur, un concepteur et un éditeur de verreries, de céramiques et de meubles.

Ses autres activités : inventeur de procédés techniques, chef d’entreprise, promoteur de l’artisanat et de l’industrie d’art de la région de Nancy
(Création de l’Association de l’École de Nancy ou Alliance Provinciale des Industries d’Art en 1901.)
Ses domaines : verre et céramique puis ébénisterie.
Son inspiration : la nature, le mouvement Symboliste, l’art japonais.
Son style : C’est un des plus grands créateurs du mouvement Art nouveau. Son père était créateur de modèle pour la céramique et s’est vu honoré du titre de « fournisseur de l’Empereur » pour les objets en verre en 1866. Emile Gallé commence vers 1870 à
« crayonner » des motifs, il est alors très jeune. Il fait fabriquer ses modèles d’objets en verre chez des sous-traitants. Le succès arrive à partir de 1885.

Puis, il se dote de son outil de production, sa fabrique de verreries, vers 1895.
Il est dessinateur et concepteur technique de ses modèles. De ce fait, il fait apposer sa signature sur ses objets par ses ouvriers.

I) Les 2 types de production d’Emile Gallé

A) La production haut de gamme de Gallé : les pièces « uniques » de prestige.

Elles supposent l’utilisation parfois conjointe des techniques très complexes suivantes :
– Le soufflage libre (sans moule),
– La marqueterie de verre : pièces de verres de couleurs différentes, juxtaposées par application à chaud (brevet déposé par Gallé en 1898),
– Le décor intercalaire : un motif en relief déjà prêt est emprisonné entre 2 couches de verre,
– La gravure à la roue pour dessiner des motifs en creux ou en relief (taille d’épargne) sur le verre refroidi,
– La gravure à la meule,
– L’application ou l’incorporation de feuilles d’or,
– La peinture à la grisaille (technique utilisée sur les vitraux au Moyen-âge),
– La peinture émaillée (peindre un motif sur le verre avec des émaux).

Caractéristiques visuelles : pièces avec reliefs et/ou motifs apparaissant en transparence.

Type de commercialisation de ces pièces par Gallé :
– réponse à des commandes publiques pour des cadeaux à des souverains ou des visiteurs étrangers de marque (exemple : par les villes de Nancy ou de Paris),
– commandes de pièces d’apparat pour des expositions,
– commandes spéciales de sa clientèle,
– pièces destinées à la vente dans des galeries étrangères.

Des pièces uniques mais :
Certaines pièces dites « uniques » de Gallé ont été en fait réalisées en plusieurs exemplaires de manière à limiter les risques et les pertes pouvant survenir en cours de fabrication.

Les prix de ces pièces :
Les prix continuent à monter car ces pièces sont recherchées par les collectionneurs et les musées.
Fourchette : 15 000 € à 300 000 €.

Image ci-dessus : Emile Gallé – Vase à deux anses 1896
Musée du Petit Palais à Paris
Technique : Cristal soufflé à plusieurs couches, marqueterie de verre, inclusion de poudre d’or, cabochons et anses rapportées à chaud
Commentaire d’après la fiche publiée par le musée du Petit Palais :
Commande de la comtesse Henri Greffulhe pour le mariage de la princesse Marguerite de Chartres.
Quatrain gravé sur la parois du vase composé spécialement par Robert de Montesquiou.
Décor de lis et de marguerites qui constituent un écho visuel au prénom de la princesse de Chartres.
Forme inspirée de la céramique grecque.
L’exemplaire présenté ici constitue l’Etude IV du vase définitif.

mage ci-dessus : Emile Gallé – Vase à deux anses 1896
Musée du Petit Palais à Paris
Technique : Cristal soufflé à plusieurs couches, marqueterie de verre, inclusion de poudre d’or, cabochons et anses rapportées à chaud
Commentaire d’après la fiche publiée par le musée du Petit Palais :
Commande de la comtesse Henri Greffulhe pour le mariage de la princesse Marguerite de Chartres.
Quatrain gravé sur la parois du vase composé spécialement par Robert de Montesquiou.
Décor de lis et de marguerites qui constituent un écho visuel au prénom de la princesse de Chartres.
Forme inspirée de la céramique grecque.
L’exemplaire présenté ici constitue l’Etude IV du vase définitif.

2) La production à caractère plus commercial de Gallé : les pièces de série

Élaboration/décoration faite par un procédé nouveau à l’époque : la gravure à l’acide.

Cette verrerie est faite en série (1 pièce passe entre les mains de plusieurs ouvriers affectés à une seule tâche).

Techniques employées :
– Le verre est soufflé dans un moule.
– La gravure à l’acide :
On superpose plusieurs couches de verre de couleurs différentes.
Les couches de couleurs sont soufflées l’une après l’autre (si 3 couleurs, les 3 couches sont soufflées).
Puis on dessine un motif (fleur, insecte..) avec du vernis à base de bitume de Judée. On trempe l’objet dans un bain d‘acide fluorhydrique. L’acide attaque ce qui n’est pas protégé par le bitume de Judée. Donc le motif reste dans une couleur et le fond est de la couleur sous-jacente que l’acide a mis à jour.

Type de commercialisation de cette production :
– un exemple : production d’une série de 10 vases identiques pour des marchands à Paris, Marseille, en Belgique, en Allemagne, aux USA…etc, car il vend beaucoup à l’étranger suite aux expositions universelles.

Après le décès d’Emile Gallé en 1904, ne sont plus fabriquées que des pièces faites en série.

Les prix : ils ont tendance à baisser avec le temps.
Vases de 1000 € à 4000 €, lampes de 7000 à 10000 €.

Image ci-dessus : Emile Gallé, Verre en camée multicouche et gravure à l’acide
Vendu 750 £ (1000 €) chez Christie’s Londres en novembre 2012
(description classique en anglais : « cameo glass, overlaid and acid-etched » )

II) Les pièces en série faites après le décès d’Emile Gallé en 1904 (fin de la production de pièces de prestige à partir de son décès).

La production de ces pièces permet de maintenir l’activité de l’entreprise.

Reconnaitre les pièces posthumes d’Emile Gallé :
1) Ce sont des gravures à l’acide sur verre multicouche faites en série.

2) Les signatures (généralités) :
– La signature est apposée par le graveur ou le décorateur.
– Il y a au total plus d’une centaine de variantes de sa signature (autour de 115) qui font l’objet d’un catalogue.
– Gallé a utilisé pour ses signatures des calligraphies particulières très originales parfois inspirées par des alphabets étrangers ou anciens.
– La gamme des signatures est plus standardisée sur les pièces posthumes et cette gamme est plus restreinte.
– De 1904 à 1906, la signature Gallé est précédée d’une étoile. L’étoile sera encore sporadiquement utilisée jusqu’en 1914.

3) La vente des objets signés Gallé s’arrête définitivement en 1936. Quelques éléments de datation :
– La plupart des pièces en vente actuellement ont été fabriquées entre 1918 et 1936.
– Les pièces de cette période (1918-1936) sont de meilleure qualité que les pièces produites avant 1918 car les méthodes de fabrication ont progressé. Un défaut sur une pièce peut donc être le signe d’une production du vivant de Gallé ou d’avant 1918.
– Aucune innovation dans les motifs jusqu’aux années 20. Les motifs ont été des reprises des motifs existants.

Avec l’avènement du style Art déco vers 1925, la forme des objets Gallé
devient plus raide, plus géométrique et de nouveaux motifs sont introduits.
Ces objets sont donc aisément reconnaissables, le style étant alors celui de l’Art déco et non plus celui de l’Art nouveau pour répondre à la mode.

Image ci-dessus : Emile Gallé, Verre en camée multicouche et gravure à l’acide
Vendu 1600 £ (2000 €) chez Christie’s Londres en novembre 2012

IV Les faux Gallé

Origines géographiques :
Les copies courantes légales, de provenance Europe de l’est (Roumanie), années 80, ont la mention TIP à coté de la signature (attention le TIP peut être meulé).
Il existe aussi des copies en provenance des USA ou d’Extrême-Orient fabriquées celles-là avec la volonté de tromper. Leurs prix sont ceux des Gallé authentiques.      

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